Education civique et promotion de la démocratie

Contexte et justification

Suite à la Conférence Nationale des Forces Vives de la Nation de février 1990, le Bénin a opté pour une démocratie pluraliste fondée sur la promotion des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Les transformations politiques ont progressivement permis de consolider les bases démocratiques. C’est ainsi que depuis les élections de 1991, le processus électoral s’est affirmé, favorisant ainsi l’alternance politique et une large participation de la population aux choix des gouvernants à travers les élections présidentielles, législatives et communales. Aujourd’hui, le Bénin est cité comme modèle de démocratie en Afrique.

Cependant, le grand nombre de partis politiques (plus 150) à encrage ethnique, régional et parfois local, le problème de la fiabilité des listes électorales et celui de l’efficacité de la Commission Electorale Nationale Autonome (CENA), entre autres pesanteurs, risquent de fragiliser la démocratie béninoise. Si pour certains acteurs, la « liberté ne se saucissonne pas », plus nombreux sont les béninois qui s’interrogent sur l’opportunité et l’efficacité du multipartisme intégral en vigueur au Bénin qui semble mettre en avant la pluralité des ambitions personnelles plus que la recherche commune de l’intérêt supérieur du pays. Les partis politiques sont en réalité des « entreprises politiques », créées comme machines de production du « bénéfice » politique et des avantages économiques et financiers de leurs fondateurs et membres actifs.

La faible capacité de la justice béninoise dans les domaines respectifs de l’accès à la justice et de l’efficacité de celle-ci apparaît également comme une préoccupation importante. En effet, malgré l’indépendance relative dont il jouit, le système judiciaire manque de moyens (humains, financiers et matériels) pour assumer son rôle ; c’est ainsi que les délais d’attente sont très longs dans les juridictions.

En plus de ces problèmes structurels, la persistance de la corruption à tous les niveaux affaiblit et continue d’affaiblir le processus de consolidation de la démocratie, et compromet les efforts de développement économique et social.

Le principal défi de la gouvernance politique au Bénin est par conséquent celui d’une démocratie authentique, fondée sur des institutions efficaces et mobilisatrices des initiatives diverses en vue du développement économique et de l’édification d’une nation prospère, en référence à la vision d’un « Bénin émergent ».

La démocratie pluraliste est la capacité à améliorer les conditions et la qualité de vie des citoyens. Il ne suffit guère de garantir la liberté d’expression, le droit de vote et les autres droits civils aux populations ; encore faut-il que ces derniers aient la possibilité de manger, de se soigner, de se loger, de s’instruire, bref de disposer du droit de vivre. Dès lors, le droit de tous les Béninois à un minimum social commun apparaît indubitablement comme le véritable enjeu de l’heure!

Outre les acquis, la revue critique de la gouvernance politique et de la démocratie au Bénin met en évidence plusieurs questions préoccupantes:

la problématique de la recherche de l’efficacité des institutions politiques: comment en effet agencer les pouvoirs constitutionnels en vue de promouvoir la démocratie, la justice et le bien-être des citoyens ? Comment renforcer les garanties de la séparation des pouvoirs et assurer la clarification de leurs responsabilités respectives ?
– la problématique de la crédibilité et de l’efficacité du système partisan au regard notamment de la prolifération des partis politiques au Bénin : plus de 150 partis dont à peine une trentaine conformes aux exigences de la charte des partis politiques pour à peine 3 millions d’électeurs ;
– le défi de la transparence, de la sincérité et de la crédibilité des élections, facteur de paix et de stabilité: peut-on et comment garantir des élections fiables en l’absence d’un fichier électoral consensuel et sécurisé, et alors même que plus de 2 millions de béninois sont dépourvus d’état civil et d’identité légale ?
– la problématique de l’effectivité et la primauté du droit, de l’application et du respect des lois par tous, gage de la sécurité juridique des citoyens autant que des biens au Bénin. Comment éviter que la liberté et la démocratie ne se confondent à l’indiscipline, au désordre voire à l’anarchie?
la problématique de l’efficacité de la justice qui, nonobstant des réformes en cours, ne rassure guère les justiciables et les investisseurs tant des points de vue de l’accès, de la célérité, de l’intégrité que de l’efficience et de la crédibilité des décisions, entre autres indicateurs ;
– la problématique de la modernisation, de la dépolitisation et de l’efficacité de l’administration publique béninoise afin qu’elle puisse exécuter avec bonheur sa double fonction de service public et d’outil de développement;
le défi majeur de la lutte contre la corruption, véritable fléau qui gangrène la société béninoise dans ses dimensions politique, administrative, économique, sociale, voire familiale ;
– le pari d’une décentralisation et d’une gouvernance locale efficace et efficiente, c’est-à-dire au service du développement socioéconomique local et de l’épanouissement des citoyens (d’où les défis de la réorganisation de l’Etat, de la représentation, de la prise en compte des préoccupations et de la reddition de compte à la base, du transfert des compétences et des ressources, de la qualité des prestations des services de base) ;
– la clarification des rapports entre gouvernance moderne et gouvernance traditionnelle pour une démocratie plus participative, intégrant activement et formalisant le rôle des autorités traditionnelles au sein de la société béninoise ;
– la problématique du genre, aussi bien dans sa dimension politique que dans sa relation avec le développement durable. Est-il possible de relever le pari de l’émergence en maintenant les conditions de marginalisation de 52% de la population béninoise?

De la capacité du système de gouvernance politique et démocratique béninois à relever à court et moyen termes les défis et enjeux ci-dessus, dépend en grande partie l’adhésion des populations au processus de construction du Bénin émergent en tant que société de liberté, de démocratie et de prospérité partagée.

La promotion de la culture de la citoyenneté, des Droits de l’Homme, de la démocratie et de la paix est donc l’un des grands défis auxquels l’humanité doit faire face aujourd’hui.

Au Bénin, l’enjeu est d’autant plus grand vu l’érosion de la conscience citoyenne et de la pratique démocratique qui touche autant aux valeurs qu’aux règles de vie en société les plus élémentaires. Cette réalité se manifeste entre autres par :

– la faiblesse, chez bon nombre de citoyens, du sens de l’Etat et des institutions républicaines ;
– un émoussement de l’engagement patriotique ;
– une perte du sens des valeurs traditionnelles ;
– la faible prise en compte des droits et libertés individuels, soit pour des raisons sociologiques, culturelles, politiques et économiques, soit par le peu de prégnance
– la faiblesse du sens des responsabilités familiales, notamment en ce qui concerne l’éducation et la protection des enfants ;
– la marginalisation des femmes de manière générale ;
– le manque de conscience professionnelle, le laxisme et l’inconscience, le développement de la corruption et la dégradation des mœurs ;
– la persistance des intolérances d’ordre politique, ethnique et religieux .

Pour inverser ces tendances négatives il faut promouvoir au niveau de toutes les couches et catégories de la population, en particulier les jeunes, un comportement nourri par la culture de la citoyenneté. L’éducation à la citoyenneté, est donc d’une importance capitale pour la construction d’une société démocratique et le développement de tout pays. C’est conscient de cet impératif pour le développement de notre pays, que SOS CIVISME BENIN a mis en place ce programme.

But programmatique

« Bénin démocratique de paix, où règne l’Etat de droit et dans lequel les citoyens dotés d’une conscience citoyenne responsable participent au développement économique et social de leur Nation d’ici 2025 »

Groupes d’impact

Les jeunes, enfants et acteurs politiques à divers niveaux.