Genre, Gouvernance locale et Autonomisation des femmes

Contexte et justification

Hommes et femmes présentent naturellement des différences physiologiques ostensibles qui ne devraient pas être source d’inégalité dans leur contribution à l’animation de la vie publique et au développement de leur Nation. C’est pourtant ce que l’on observe au regard de la représentation et du niveau de participation des femmes à l’exercice du pouvoir public au Bénin, malgré l’existence d’un arsenal juridique qui reconnaît l’égalité de la femme et de l’homme, et propose de nombreuses mesures d’équité en faveur de la femme.

La femme au Bénin est plus marginalisée que bien représentée dans l’Administration publique, dans les Institutions de la République et dans la vie politique et sociale. L’état des lieux montre que le taux d’accès des femmes aux hautes fonctions de l’Etat demeure trop bas. Suivant la répartition par sexe des travailleurs de l’administration publique, le Bénin dispose d’une fonction publique à dominance masculine, soit 73,23% d’hommes contre 26,77% de femmes (¼ de l’effectif total).

La jouissance effective de l’égalité reconnue reste encore abstraite dans la réalité quotidienne. Ainsi par exemple, en matière de droit de propriété, si l’accès à la propriété foncière par la femme devient une réalité malgré toutes les pesanteurs socioculturelles traditionnelles, ceci constitue bien souvent une source de conflits conjugaux, si l’avis favorable de l’homme n’est préalablement pas obtenu. De même, par rapport au droit à l’intégrité physique et morale, le gouffre est grand entre la loi et son application effective pour la femme qui subit selon les régions, des pratiques répréhensibles telles que, les mutilations génitales, le lévirat, le veuvage et les internements de jeunes filles. En matière de droit du travail, la femme fait toujours l’objet d’une discrimination certaine.

La lutte pour l’équité demeure une question entière au Bénin où les femmes continuent d’être victimes des inégalités diverses à cause de leur statut traditionnel qui résiste aux effets des changements sociopolitiques, socioéconomiques et socioculturels. Les inégalités sociales dont la femme (jeune ou adulte) est victime dans sa vie familiale (violence au foyer ou violence domestique, éducation, mariage précoce, travail précoce ou dégradant, pratiques culturelles et religieuses, choix du conjoint et vie conjugale…) attestent éloquemment qu’elle n’a guère de protection sociale, sur plusieurs aspects de son existence.

En dépit des dispositions juridiques qui consacrent formellement l’équité et l’égalité entre femme et homme, les pratiques socioculturelles confèrent à la béninoise (fille, jeune fille, femme adulte et femme de troisième âge), un statut et des rôles qui lui enlèvent toute possibilité de jouissance effective, égale et équitable de ses droits, du pouvoir, de l’avoir et du savoir. Ces inégalités la plongent dans une marginalisation qui rend précaire son bien-être et réduit ses capacités d’intervention comme une citoyenne capable d’exiger un contrôle de l’action publique.

Les causes profondes de la marginalisation des femmes de façon générale sont liées à l’analphabétisme des femmes (78,1% de femmes), ce qui favorise :

– la méconnaissance de leurs droits,
– la non application des textes et lois en faveur de la reconnaissance des droits de la femme et des filles,
– l’accès limité des femmes aux ressources pour leur renforcement économique et leur émergence social.

En ce qui concerne, la non-participation des femmes à la gouvernance locale, les handicaps majeurs sont :

– l’ignorance des enjeux de la décentralisation et du développement local des femmes,
– le non positionnement des femmes sur les listes électorales du fait de leur faible capacité de leadership,
– la mauvaise volonté des acteurs du processus de décentralisation à valoriser les compétences de gestion des femmes.

Sur le plan économique

Au Bénin, la femme est une actrice économique majeure incontournable et ses plus forts taux de représentation se rencontrent dans l’agriculture, l’artisanat, et le commerce. Cependant de façon générale, le droit traditionnel n’autorise pas la femme à posséder ou à exercer des droits de propriété même sur des biens immobiliers. C’est ainsi qu’en zone rurale surtout, la femme connaît une restriction de son droit de propriété sur le foncier et d’autres biens matériels. Spécifiquement, dans le domaine du foncier rural, il est dénié à la femme le droit à l’héritage. Les statistiques agricoles différenciées par genre montrent que sur les 22% des terres acquises par mode sécurisant (héritage, attribution coutumière et achat), seulement 13% appartiennent aux femmes et que par ailleurs, les superficies moyennes des parcelles des femmes sont en général plus petites que celles des hommes : 0,90 ha pour les femmes contre 1,26 ha pour les hommes.

C’est au vu de ces constats que SOS CIVISME BENIN envisage solutionner ces différents problèmes à travers son programme « genre, gouvernance locale et autonomisation des femmes et des jeunes »

But programmatique 

« d’ici 2025 nos groupes d’impact, empowered, jouissant de leurs droits, participent effectivement au prise de décision en ce qui concerne le développement socio-économique de leur localité.»

Pour ce faire, nous pensons à travers une démarche intégrante, agir pour un changement de mentalité en matière de pratiques traditionnelles néfastes à:

– la participation active de la femme, à la promotion des principes et des règles de l’égalité et de l’équité entre homme et femme,
– l’application rigoureuse des mesures répressives fermes contre les auteurs d’actes de discrimination à l’égard de la femme au travail,
– l’instruction de toutes les femmes, la formation d’un personnel de santé sensible à la spécificité du genre,
la promotion des filles dans l’exercice de tous les métiers de leurs choix, notamment les métiers traditionnellement réservés aux hommes,
– pour lever les obstacles de nature non juridique qui entravent la femme dans la jouissance effective de ses droits.

Groupes d’impacts

Les femmes et les filles vivant en milieu rural.